
Pendant les années qui ont précédées mai 1968, comme une résurgence de l'esprit libertaire s'est produite. Dans le terreau de la bêtise autoritaire s'est renouvelée l'étrange pousse de l'esprit d'insoumission, pour éclore sous forme d'une éphémère fleur de liberté. Dont survivent difficilement quelques traces.
Pour ceux qui avaient vu le jour après les crimes de la guerre mondiale, il était difficile de saisir la complexité d'une semblable humanité pour pouvoir s'y apparenter vraiment. L'écran givré de la guerre froide recouvrait les apparences.
Seules, pendant l'été, d'illusoires vacances permettaient de se réfugier dans les livres, d'autres vies, celles où s'oublier permettait d'atteindre, ailleurs la vraie vie parallèle.
De nombreuses régions de la planète souffraient de dictatures. Dans notre petit territoire, un militaire gouvernait. Le "maréchal-nous-voilà" avait été en principe aboli, mais, comme les castes en Inde survivent après Gandhi, la constipation morale "travail famille patrie" en tous lieux s'insinuait. Comme un mal pernicieux. L'asthme du peuple soumis. Les adultes? Beaucoup de névrosés aveugles et soumis qui s'accrochaient à des principes pour effacer souvent l'effroi des souvenirs. Pendant que de nombreux arrivistes, arrogants et sans scrupules, se précipitaient sur les nouvelles voies marchandes de la réussite. Les guerres dont le profit n'avait pas échappé à tous, n'avaient pas entravé la progression du mal, l'avidité pouvait devenir incivile sans complexe. L'ombre de l'interdit se profilait malgré l'épidémie consumériste naissante qui commençait à ressembler à un nouveau message salvateur et contre révolutionnaire. Les partisans d'un ordre musclé ne craignaient pas d'employer la violence pour imposer l'obéissance.
Au coin de la pensée mercurienne les lys fleurissaient.
